Un cabinet de curiosités en Berry, bientôt…

En ce début du vingt et unième siècle ou l’homme s’apprête à aller sur Mars, la science a presque banni du champ des possibles les anciennes croyances du passé. Les rites et coutumes relevant du surnaturel, de l’ésotérique et tout simplement de l’inexpliqué ont cédé la place presque unilatéralement à la raison et à la démonstration scientifique dans nombre de pays développés.

Pourtant, en Europe, certaines régions sont empreintes de mystères et nimbées de légendes.

Par exemple, nombre de fantômes ont élu domicile dans les manoirs écossais, les vampires vous guettent dans la forêt des Carpates, les trolls ébranlent les montagnes dans les pays scandinaves… mais plus proche de nous, la région du Berry n’est pas en reste non plus.

Des collines du Sancerrois aux étangs de la Brenne jusqu’au mystérieux bocage du Boischaut ; les guérisseurs, rebouteux, magnétiseurs, médiums, sorciers et exorcistes se côtoient ainsi en nombre au centre de la France. Tout cela sans oublier les esprits errants et créatures fantasmagoriques, popularisées notamment par George Sand dans ses romans.

Dans notre moderne et matérialiste vingt et unième siècle, tout cela peut paraître fort curieux me direz-vous…

Justement, mais êtes-vous curieux ?

Curieux, ouverts d’esprits, voire même impatients d’appréhender la nature et ses merveilles ?

Comme aussi de palper les plus curieux artefacts dus à la main de l’homme ?

Alors, peut être aimeriez-vous nous rendre visite à St Pierre De Jards, dans notre cabinet de curiosités éphémère ?

A deux pas de la Tour d’Issoudun, à quelques encablures d’Avaricum mais également proche de la ville chantée par Brel, le terroir viticole du Reuillois vous invite à flâner en son sein et à découvrir notre projet.

Inauguré pendant le festival de musique d’été organisé par l’association Jarts Com les 3 et 4 Août derniers, vous pourrez y mirer moult objets divers et variés composant un très modeste aperçu de nos collections.

Conchyliologie, paléontologie, minéralogie, artefacts humains oubliés, mystérieux ou incongrus… Sans vous en dévoiler de trop car ce n’est le but ; une sélection opérée parmi nos collections et que l’on espère chatoyante, n’attend que vous pour être admirée !

En visite guidée, par petits groupes de cinq à dix personnes, nous vous ferons voyager au gré de nos découvertes, dons et accumulations diverses opérées depuis nombre d’années. Une iconographie appropriée et quelques menues animations vidéo dynamiseront votre passage.

Nous avons dit « éphémère » ? Tout à fait !

Car le cabinet de curiosités sera ouvert pendant seulement quatre mois, jusqu’à fin novembre 2019. Il n’a pas pour vocation à s’installer définitivement en l’endroit actuel mais plutôt à présenter l’idée, le concept, à le promouvoir !

Mais qu’est-ce qu’un cabinet de curiosités au fait ?

DEFINITION…

Les cabinets de curiosités désignent des lieux dans lesquels on collectionne une multitude d’objets rares ou étranges. On peut le définir comme une sorte de microcosme ou résumé du monde. On les appelle studiolo en Italie et Wunderkammer en Allemagne.

HISTORIQUE DE LEUR APPARITION…

Il est peut-être possible de voir dans les trésors médiévaux puis dans les studioli italiens de possibles ancêtres des cabinets de curiosités.

Un studiolo, est un petit cabinet de méditation et de travail dans l’Italie de la Renaissance, il est souvent très richement orné de peintures et marqueteries. Ce qui le distingue des cabinets de curiosités est l’absence de « curiosités » et par son utilisation principale comme cabinet d’étude.

Les cabinets de curiosités à proprement dire sont apparus comme modèle et réalité à partir du XVIe et se sont épanouis jusqu’au XVIIe siècle.

Avec le développement des explorations maritimes et la découverte de nouvelles terres au XVe siècle, de nombreux princes, savants et amateurs de cette époque se mettent à collectionner les curiosités en provenance des nouveaux mondes.

Les cabinets étaient alors des lieux où enregistrer la diversité du monde dont les grands voyages rapportaient tant d’objets, et tout un marché se développa autour du commerce de ces « raretés » rapportées de lointaines contrées.

Par ailleurs il est nécessaire de rappeler que du XVIe jusqu’au XVIIIe siècle, il n’existe pas à proprement parler de musée au sens institutionnel tel que nous l’entendons actuellement, il n’y a que des musées privés : les cabinets.

De même, il faut préciser qu’ils apparaissent à une époque où la science ne se préoccupe pas encore des séries et des lois naturelles régissant le domaine du vivant mais de l’accidentel. Les curieux ont l’impression de pouvoir saisir l’infinie richesse du monde dans ses produits les plus bizarres.

Malgré tout, les cabinets de curiosités marquèrent une étape vers une appréhension plus scientifique du monde, car on essayait d’observer et de comprendre les choses telles qu’elles étaient, dans le champ de connaissances de l’époque et dans une démarche détachée de toute approche strictement religieuse.

Lieux dévolus à la compréhension du monde, les cabinets auront ainsi été des creusets (parmi d’autres) de l’évolution des sciences. Ils vont se muer progressivement en collections spécialisées à partir du XVIIe siècle, ouvrant la voie aux grands musées du XIXe siècle, aux galeries d’Histoire naturelle comme aux musées des Beaux-Arts.

CONTENANT…

Les cabinets de curiosités pouvaient être soit des lieux, des pièces, soit des meubles.

Le cabinet en tant que meuble est une caractéristique du « curieux ». Souvent, le meuble lui-même se transforme en précieux objet de collection : on en retrouve en ébène, incrusté d’écailles ou de pierres dures, parfois peint par des artistes de renom.

CONTENU…

Dans les cabinets de curiosités, les collections peuvent s’organiser en trois catégories différentes que l’on peut nommer en latin : Naturalia – Artificiala – Scientifica

Naturalia : Cette catégorie représente les trois règnes de la nature, monde minéral, végétal, animal.

Monde minéral

– Les pierres précieuses et non-précieuses sont recherchées non pas comme bijoux mais comme forme étrange et esthétiquement plaisante. Les pierres et minéraux recherchés sont de préférence ceux se démarquant le plus fortement des autres, les plus rares du règne minéral.

Il faut également parler des pierres figurées, celles qui par leur forme excitent l’imagination et rappellent des récits légendaires.

– A ce titre il faut citer le corail et l’ambre : car ce ne sont pas des minéraux au sens géologique du terme mais la résultante de processus chimiques d’origine animale. Ils sont à la croisée des deux mondes : animal-vivant / minéral-inerte.

Les coraux sont étonnants, c’est une sorte d’exosquelette constitué d’animaux marins vivant en colonie, les polypes, chaque polype sécrétant lui-même son propre squelette en calcaire.

L’ambre provient lui d’une résine de pin fossilisée, c’est un matériau très dur et transparent. Il est utilisé pour fabriquer des bijoux, en particulier des chapelets, et l’intérêt qui lui est porté provient surtout du fait que l’on y retrouve parfois des inclusions de végétaux ou d’insectes.

Un autre grand classique consiste en les fulgurites (du latin « fulgur » signifiant foudre) ou « pierres de foudre » sont des morceaux de silice naturelle amorphe, généralement en forme de tube quasi cylindrique, plus ou moins rugueux et très fragile, produits par les impacts de foudre sur une roche.

– Les fossiles quant à eux sont les restes pétrifiés d’organismes vivants. Ils sont fascinants parce qu’ils représentent des traces de formes de vie disparues ou inconnues.

Monde végétal

La plupart des cabinets de curiosités au XVIIe siècle contiennent un herbier. A l’époque, on se contente souvent de les placer par ordre alphabétique dans les traités.

On collectionne les plantes pour deux raisons : d’une part pour l’intérêt que l’on voue à la botanique et d’autre part pour les caractéristiques fabuleuses associées à certaines selon les légendes et croyances propres à chaque époques et traditions.

Parmi les plantes recherchées pour leurs propriétés extraordinaires on retrouve la mandragore (ses racines prennent souvent la forme de parties du corps humain) et la « rose » de Jéricho (cette fleur s’ouvre lorsqu’on la met dans l’eau).

Monde animal

Pour des raisons de conservation ce sont le plus souvent les parties dures des animaux qui sont présentées : os, bec, griffes, dents, coquilles des coquillages, carapaces pour les crustacés, insectes, etc.

Les grands classiques étant les os d’animaux présentant des difformités, des griffes d’ours ou de grands fauves, des dents de requins, des papillons sous verre.

Pour les coquillages par contre, c’est la beauté esthétique de ces derniers qui constitue un des motifs de, en conséquence ils ne sont pas classés et présentés selon la nomenclature scientifique mais plutôt de manière esthétique. Les crustacés quant à eux sont souvent présentés en « éclatés ».

Monde animal, les « chimères »

Certaines créatures dont l’existence est attestée par les légendes dans les documents antiques sont parfois présentes dans les cabinets.

C’est le cas du dragon que l’on fabrique avec des raies ou des lézards et dont l’existence est attestée par la littérature chrétienne (St-Georges et le dragon) et l’iconographie abondante.

L’hydre à sept têtes, connue des Grecs et adaptée par le christianisme comme symbolisant les sept péchés capitaux est fabriquée avec des éléments de lapin et de serpent.

La corne de Licorne est fabriquée avec une défense de narval puis fixée sur un crâne de cheval.

Monde animal/humain »

Et, finalement, parmi les curiosités animales on compte bien sûr celles en rapport à l’homme.

On collectionne tout ce qui relève de l’anormal et du monstrueux à son sujet.

On estime beaucoup l’anormal lorsqu’il est mentionné chez les Anciens ou lorsque des légendes le rapportent. Les crânes de cyclopes, figure mythique des récits d’Homère, les momies égyptiennes constituent un autre élément fort bien représenté dans les cabinets.

Les os fossiles de dinosaures sont assimilés à des os de géants et suscitent également la curiosité car la littérature antique et la Bible en parlent régulièrement.

Artificialia : regroupe les objets créés ou modifiés par l’homme 

Dans les cabinets de curiosités figurent tous les artefacts provenant des contrées lointaines et les objets rappelant le passé héroïque de la race humaine : les antiquités grecques romaines, égyptiennes, les médailles, les pierres gravées, les objets ethnographiques, les armes, raquettes pour la neige, tapis chinois, manteaux brésiliens de plumes, pipes, ustensiles, etc.

Les écritures d’origine étrangère (chinoises, romaines, indiennes, etc.) et/ou antique (les hiéroglyphes, les tablettes cunéiformes, etc.) sur différents supports (papyrus, papier de soie, tablettes d’argile, écorces d’arbre provenant du Canada, feuilles de palmier, etc.) figurent toujours comme source d’interrogation pour les curieux.

Sont également présents les instruments de musique provenant d’Afrique, d’Océanie ou du nouveau monde. Il faut enfin citer également les objets miniatures (modèles réduits) ainsi que les œuvres d’art.

Scientifica : qui regroupe les instruments scientifiques.

Par exemple, les instruments d’optique (télescope, microscope, longues-vues, astrolabe), les instruments mécaniques et scientifiques (horloges, montres, pendules, cadenas à lettres, thermomètres, baromètres, automates divers).

PHILOSOPHIE…

L’objectif des possesseurs de cabinets de curiosités n’était pas d’accumuler ou de répertorier la totalité des objets de la nature et des productions humaines comme cela sera tenté d’être fait par les encyclopédistes au XVIIIe siècle ; mais plutôt de pénétrer les secrets intimes de la Nature par ce qu’elle propose de plus fantastique, merveilleux et rare.

En effet, en collectionnant les objets les plus bizarres qui l’entourent, le curieux a la sensation de pouvoir saisir, de surprendre le processus de Création du monde.

Les cabinets peuvent ainsi être envisagés comme des espaces microcosmes, où une « image » du monde est composée à partir de prélèvements d’objets opérés à la fois dans la nature et dans les productions humaines. Ils sont un espace intime dédié à l’observation du monde, une sorte de miroir du monde ou l’individu est invité à méditer…

DE NOS JOURS…

Les cabinets de curiosités, ces ancêtres des musées, font un retour en force.

Des particuliers, comme des créateurs ou même des artistes, constituent des cabinets de curiosités chez eux comme on le faisait au XVIIIe siècle.

En effet, la société reprend aujourd’hui conscience de l’importance du vivant, de la diversité, elle recommence à comprendre ce qu’est la nature en quelque sorte.

Et qu’en est-il de celui que nous vous proposons de découvrir ?

Au sein des murs de l’orangerie de la Cure du Chasteau, nous ne prétendrons pas rivaliser avec les plus grands cabinets de curiosités ayant existé à leur belle époque ni avec ceux existant actuellement comme celui de Deyrolles à Paris…

…Mais plutôt vous donner un modeste aperçu, que nous espérons original et chatoyant, grâce à une humble sélection d’objets opérée parmi nos collections…

Chacune des trois catégories naturalia, artificiala, scientifica y sera donc représentée.

Des voyages, des années de prospection paléontologique, des heures de chine en brocante, mais pas seulement !

Des objets liés à des rencontres hors du commun, des dons, des cadeaux, des créations même vous seront présentées.

Et particularité du cabinet que vous allez visiter, des objets fort incongrus éveilleront en vous de larges sourires ! Il s’agira là d’une nouvelle catégorie, « Ridiculam », signifiant en latin drôle, que nous allons rajouter aux traditionnelles catégories naturalia, artificiala, scientifica

C’est donc également pour cela que durant les six mois de son éphémère existence, au fur et à mesure du temps qui passera, d’autres objets viendront régulièrement enrichir ceux déjà présents…

En venant à St Pierre de Jards découvrir le cabinet de curiosités, nous espérons que le charme d’antan de l’endroit le recevant ainsi que les objets qui y sont présentés, avec le choix de présentation réalisé, vous permettront de voyager au sein d’un lieu empreint de mystère et de rêverie, qui soit à la fois un peu hors du temps et très vivant…

CONCLUSION

En quoi notre cabinet de curiosités se différencie-t-il des autres actuellement ouverts à la visite en France ?

Tout simplement parce qu’il n’y en a pas d’autres dans la région centre actuellement :

La plupart des quelques cabinets que l’on peut visiter actuellement sont principalement situés dans les grandes métropoles et régions très touristiques.

Qu’il serait dynamique et non poussiéreux !

Pourquoi ? La réponse est très simple et sans appel :

Tout d’abord, parce que les collections s’enrichiraient continuellement suite à nos trouvailles et récupérations effectuées ici et là… chine, dons, legs, voyages, etc.

Mais aussi grâce à nos nombreux et incessants chantiers de fouilles paléontologiques réalisés un peu partout en France les collections de paléontologie varieraient régulièrement dans leur présentation.

Enfin des vidéos rendront les objets vivants et plus compréhensibles : par exemple des vidéos de coquillages vivants actuellement au fond de la mer et visibles dans la galerie ou également des vidéos des chantiers de fouilles paléontologiques et des différentes étapes du dégagement des fossiles.

Enfin qu’il proposerait une manière inédite d’aborder les cabinets de curiosités :

En effet, une large gamme d’objets « incongrus » et humoristiques provoqueront les rires et la joie des visiteurs rendant ainsi la visite du cabinet moins « académique ».

LE FUTUR ?

Il ne dépend que de vous.

Si vous pensez de bon aloi le fait qu’un cabinet de curiosités puisse exister en champagne berrichonne plutôt que dans une autre région,

Si vous souhaitez voir valorisé l’ensemble de nos collections (rien qu’en paléontologie plusieurs tonnes attendent leur mise en valeur…) au fur et à mesure des années,

Si vous pensez le concept (valorisation vidéo, objets « ridiculam », etc.) et l’esprit de notre projet robuste et attrayant,

Alors franchissez notre porte et parlez-nous ! Ou parlez de nous…

Peut-être avez-vous le souhait de compléter ou de développer votre activité par le point d’appel original et unique en région centre que constituerait notre cabinet de curiosités…

Qui que vous soyez, ou que vous soyez, n’hésitez pas à être curieux !

N & L

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES :

– Le cabinet de curiosités est situé à St Pierre de Jards, au nord est du département de l’Indre, à mi chemin entre Issoudun et Vierzon.

– Il se visite uniquement sur rendez-vous.

 Se renseigner des créneaux disponibles par courriel (de préférence) à :

 lecabinetdecuriosites@hotmail.com

– un téléphone est également disponible le cas échéant : 07 68 03 65 21

– Par groupe minimum de 5 personnes jusqu’à un maximum de 8 ou 10

– Durée de la visite : entre 1h00 et 1h30 selon le public

– Horaires des visites :  
     lundi au jeudi : 18h00 et 19h30
     vendredi : 17h00 et 19h30
     samedi et dimanche : visites à 9h00 – 10h30 – 13h30 – 15h00 – 16h30 – 18h00

Au préalable de la visite il vous sera demandé de mettre vos téléphones portables en mode silencieux + les photos ne sont pas autorisées.

Nota : le cabinet de curiosités ne comporte pas de sanitaires.


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17 juillet 2019